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Donation maison avec usufruit : 7 inconvénients à connaître
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Donation d'une maison avec usufruit : les vrais inconvénients avant de vous

Donation d'une maison avec usufruit : perte de contrôle, fiscalité, blocage à la vente, plus-value... Découvrez tous les inconvénients concrets avant de signer.

Laura ColletLaura Collet 19 min de lecture
Donation avec réserve d'usufruit : pourquoi un tel succès ?

La donation d'une maison avec réserve d'usufruit présente sept inconvénients principaux : la perte de contrôle partiel du bien, le blocage de la vente sans accord du nu-propriétaire, la charge fiscale pesant sur le seul usufruitier (taxe foncière, IFI), l'impossibilité de s'adapter si le logement devient inadapté, le risque de disqualification de la donation-partage en cas d'indivision (Cour de cassation, 2 juillet 2025), et l'imposition de la plus-value de cession à la charge exclusive de l'usufruitier (Conseil d'État, 12 mars 2026).

Donner sa maison à ses enfants tout en continuant à y vivre : la mécanique séduit. Pourtant, la donation avec réserve d'usufruit comporte des inconvénients majeurs que les plaquettes notariales n'affichent pas toujours en première page. Perte de contrôle sur le bien, blocage en cas de vente, piège de la plus-value, IFI à la charge exclusive de l'usufruitier : cet article détaille les sept points noirs à examiner avant de signer l'acte.

En bref

  • Donner une maison avec réserve d'usufruit, c'est transmettre la nue-propriété tout en conservant l'usage du bien jusqu'à son décès.
  • La vente du bien démembré est impossible sans l'accord conjoint de l'usufruitier et du nu-propriétaire.
  • L'usufruitier supporte seul la taxe foncière, l'IFI et l'impôt sur la plus-value en cas de cession (Conseil d'État, 12 mars 2026).
  • La donation-partage est disqualifiée si elle allotit les donataires en bien indivis (Cour de cassation, 2 juillet 2025).
  • Passé 70 ans, le barème fiscal rend la nue-propriété plus lourde à transmettre et l'abattement de 100 000 € doit être anticipé sur 15 ans.

Ce que signifie vraiment donner une maison en conservant l'usufruit

Donner une maison en conservant l'usufruit, c'est opérer un démembrement de propriété. Le donateur transmet la nue-propriété à ses enfants : les donataires : mais garde l'usufruit, c'est-à-dire le droit d'habiter le bien ou d'en percevoir les loyers (articles 578 à 624 du Code civil).

Le donateur devient usufruitier. Il reste dans les murs, continue d'utiliser le logement, mais n'en est plus le propriétaire au sens plein. De leur côté, les enfants détiennent la nue-propriété : ils sont propriétaires du bien en substance, sans pouvoir en jouir tant que l'usufruit court. Ce droit temporaire s'éteint au décès de l'usufruitier, sauf clause de réversion au conjoint survivant : un point que nous détaillons plus loin.

Pour approfondir ce sujet, découvrez comment se déroule une succession avec usufruit et les droits associés.

Cette distinction entre usufruit et nue-propriété est au cœur de tous les inconvénients que nous allons examiner. Comprendre qui détient quoi permet d'anticiper les blocages.

Nu-propriétaire et usufruitier : qui est propriétaire ?

Dans un démembrement, personne n'est pleinement propriétaire. L'usufruitier détient le droit d'usage et de jouissance (l'usus et le fructus), tandis que le nu-propriétaire conserve le droit de disposer du bien (l'abusus). Concrètement : l'usufruitier habite le logement ou encaisse les loyers ; le nu-propriétaire ne peut ni occuper ni vendre seul. Au décès de l'usufruitier, la pleine propriété se reconstitue automatiquement sur la tête du nu-propriétaire, sans nouvelle taxation.

Le décès de l'usufruitier pose la question de l'usufruit et de la nue-propriété dans une succession : un mécanisme essentiel à comprendre.

Le Code civil (articles 578 et suivants) encadre strictement cette répartition. L'usufruitier assume les charges d'usage : taxe foncière, entretien courant : tandis que le nu-propriétaire supporte les grosses réparations (article 605). Cette dualité de droits sur un même bien génère des tensions que l'acte notarié doit anticiper.

La donation avec réserve d'usufruit vs la donation en pleine propriété

La donation avec réserve d'usufruit se distingue de la donation en pleine propriété sur un point capital : le donateur ne se dépouille pas immédiatement de la jouissance du bien. Dans une donation en pleine propriété, le donateur perd tout : propriété, usage, revenus. Dans le schéma avec usufruit, il conserve un droit viager d'occupation ou de perception des loyers.

Cette différence a des conséquences fiscales directes. La valeur taxable de la donation en pleine propriété correspond à la valeur vénale totale du bien. Avec réserve d'usufruit, seule la nue-propriété est taxée, selon un barème fixé à l'article 669 du Code général des impôts. À 65 ans, la nue-propriété vaut 60 % de la valeur totale ; à 75 ans, elle grimpe à 70 %. Plus le donateur est âgé, plus la base taxable est élevée : un paradoxe qui échappe souvent aux donateurs.

Les 7 inconvénients majeurs de la donation d'une maison avec usufruit

La donation avec réserve d'usufruit n'est pas une solution miracle. Sept inconvénients structurels méritent d'être pesés avant de passer à l'acte. Certains sont fiscaux, d'autres purement pratiques, tous peuvent rendre la vie du donateur et des donataires plus compliquée que prévu.

1. Une perte de contrôle partielle sur votre bien immobilier

En devenant usufruitier, vous perdez la liberté de disposer seul du bien. Vendre la maison ? Impossible sans l'accord du nu-propriétaire (vos enfants). La transformer, l'agrandir, la mettre en garantie d'un prêt ? Même blocage.

Le Code civil (article 595) prévoit que l'usufruitier ne peut céder son droit d'usufruit qu'avec le consentement du nu-propriétaire. Quant aux baux consentis par l'usufruitier seul, ils cessent à l'extinction de l'usufruit, ce qui complique toute location de longue durée. Le nu-propriétaire, de son côté, ne peut rien faire non plus sans l'usufruitier : il ne peut vendre la nue-propriété sans l'aval de celui qui occupe les lieux. Les deux parties sont liées, et cette interdépendance peut tourner au bras de fer.

2. Le blocage de la vente : accord des deux parties obligatoire

C'est l'inconvénient le plus concret. Vous souhaitez vendre la maison pour financer votre entrée en établissement spécialisé, ou simplement pour réaliser une plus-value ? Vos enfants, nus-propriétaires, doivent donner leur accord. S'ils refusent : parce qu'ils anticipent une revente plus rentable plus tard, ou par pur désaccord familial : la vente est bloquée.

La seule issue passe par une action en justice : faire constater par le juge que le refus des nus-propriétaires est abusif. Cette procédure coûte cher, prend du temps et empoisonne les relations familiales. L'accord préalable des deux parties est exigé pour toute aliénation du bien démembré. Une mésentente transforme un actif immobilier en prison dorée.

⚠️ Attention : même la mise en location du bien peut devenir une source de conflit. L'usufruitier a le droit de louer seul (article 595 du Code civil), mais le bail s'éteint au décès de l'usufruitier. Un locataire en place peut se retrouver sans titre opposable au nu-propriétaire, et ce dernier peut refuser de reconduire le bail : générant une insécurité juridique pour toutes les parties.

3. Les charges fiscales qui restent à la charge de l'usufruitier

Contrairement à une idée répandue, l'usufruitier ne se décharge pas des frais du bien. Il reste redevable de la taxe foncière, de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères et des charges de copropriété courantes (article 608 du Code civil). Les grosses réparations : gros œuvre, toiture, structure : incombent au nu-propriétaire (article 605).

En pratique, cette répartition est source de litiges. La distinction entre « grosse réparation » et « entretien courant » n'est pas toujours évidente : remplacer une chaudière relève de l'entretien (usufruitier), refaire la toiture incombe au nu-propriétaire. Mais quand la toiture fuit parce que l'entretien a été négligé, qui paie ? Ces zones grises alimentent un contentieux abondant.

Les charges se répartissent ainsi :

  • Taxe foncière : usufruitier (art. 608 C. civ.)
  • Charges de copropriété courantes : usufruitier
  • Travaux de conservation (entretien) : usufruitier
  • Grosses réparations (art. 606 C. civ.) : nu-propriétaire
  • Taxe d'habitation (si résidence secondaire) : usufruitier occupant

4. Un logement qui peut devenir inadapté à vos besoins futurs

Vous donnez la maison familiale à 60 ans en conservant l'usufruit. À 80 ans, l'escalier devient un calvaire, la salle de bain est dangereuse, le jardin trop grand. Adapter le logement suppose des travaux lourds (monte-escalier, douche de plain-pied). Mais ces aménagements relèvent-ils des grosses réparations (nu-propriétaire) ou de l'entretien (vous) ?

Pire : même avec l'accord de vos enfants, vous ne pouvez pas vendre pour acheter un appartement adapté : sauf à obtenir leur consentement et à réinvestir dans un nouveau bien démembré. L'usufruit ne suit pas automatiquement le produit de la vente. Vous êtes prisonnier d'un logement qui ne correspond plus à vos besoins, et vos enfants peuvent ne pas mesurer l'urgence de la situation.

Cette rigidité patrimoniale est l'un des inconvénients les plus sous-estimés de la donation avec réserve d'usufruit. Elle frappe d'autant plus durement que l'espérance de vie s'allonge.

5. L'IFI : l'usufruitier déclare la valeur totale du bien

Depuis 2018, l'Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI) a remplacé l'ISF. Dans un bien démembré, c'est l'usufruitier qui déclare la valeur totale du bien à l'IFI (article 968 du CGI). Autrement dit : vous donnez la nue-propriété, mais vous restez imposé comme si vous étiez plein propriétaire.

Pour un bien de 500 000 €, le seuil d'imposition à l'IFI (1,3 million d'euros de patrimoine net taxable en 2026) peut être franchi si vous détenez d'autres actifs immobiliers. Le nu-propriétaire, lui, ne déclare rien : alors même qu'il possède la valeur en capital. Cette asymétrie fiscale est souvent découverte trop tard.

📌 Important : l'IFI est dû si la valeur nette taxable du patrimoine immobilier dépasse 1 300 000 € au 1er janvier de l'année d'imposition. Le barème progressif s'applique ensuite par tranches.

6. Le gel du patrimoine pour le nu-propriétaire

Les enfants nus-propriétaires détiennent un actif dont ils ne peuvent ni jouir ni disposer librement. Pas de revenus locatifs (ils vont à l'usufruitier), pas de possibilité de vendre sans l'accord parental, pas de liquidités mobilisables.

Ce blocage peut durer des décennies. Un parent qui donne à 60 ans et vit jusqu'à 92 ans gèle le patrimoine de ses enfants pendant 32 ans. Durant cette période, les nus-propriétaires ne peuvent ni vendre leur quote-part pour financer un projet personnel, ni emprunter en donnant la nue-propriété en garantie (les banques sont réticentes face à un actif démembré).

Cette immobilisation forcée est particulièrement pénalisante pour des enfants qui auraient besoin de capitaux pour acquérir leur propre résidence principale.

7. La réversion d'usufruit au conjoint : une contrainte supplémentaire pour les enfants

La clause de réversion d'usufruit est souvent glissée dans l'acte notarié : au décès du premier époux, l'usufruit est transféré au conjoint survivant. Les enfants nus-propriétaires attendent donc non pas un, mais deux décès pour récupérer la pleine propriété.

Cette clause, protectrice pour le conjoint survivant, peut s'avérer vécue comme une contrainte pour les enfants. Le bien reste indisponible pendant une période encore plus longue. Si le conjoint survivant a 65 ans au décès du premier et vit jusqu'à 90 ans, le dénouement du démembrement peut être repoussé d'un quart de siècle supplémentaire.

La réversion d'usufruit n'est pas automatique : elle doit être expressément stipulée dans l'acte. Mais les notaires la recommandent souvent, et les donateurs l'acceptent sans toujours mesurer son impact sur la durée réelle du démembrement.

Le piège fiscal souvent ignoré : plus-value et cession d'un bien démembré

Un piège fiscal méconnu guette les familles qui envisagent de vendre le bien démembré. La règle, tranchée par une décision récente du Conseil d'État, renverse les anticipations courantes des donateurs.

Qui paie l'impôt sur la plus-value en cas de vente ?

Le 12 mars 2026, le Conseil d'État a rendu une décision majeure (n° 497808) : en cas de cession d'un bien démembré, l'usufruitier est seul imposable sur la totalité de la plus-value. Contrairement à ce que beaucoup pensent, l'impôt n'est pas réparti entre usufruitier et nu-propriétaire au prorata de leurs droits respectifs.

Prenons un cas concret. Vous avez acheté une maison 150 000 € il y a vingt ans. Vous la donnez en nue-propriété à vos enfants à 65 ans, puis décidez de la vendre cinq ans plus tard pour 350 000 €. La plus-value taxable est de 200 000 €. Selon la décision du Conseil d'État, vous : usufruitier : êtes seul redevable de l'impôt sur la totalité de cette somme. Vos enfants, nus-propriétaires, ne sont pas imposés sur la plus-value.

Le donateur pensait alléger sa fiscalité en transmettant la nue-propriété. Il se retrouve au contraire à supporter seul un impôt qui peut atteindre 36,2 % (19 % d'impôt + 17,2 % de prélèvements sociaux), sans compter la taxe sur les plus-values immobilières supérieures à 50 000 €. L'erreur classique consiste à croire que la plus-value se répartit comme la valeur du bien.

Donation-partage et indivision : le risque de disqualification (Cass. 2025)

La donation-partage est un outil prisé pour répartir un patrimoine entre plusieurs enfants. Mais un arrêt de la Cour de cassation du 2 juillet 2025 (source : actu-juridique.fr, 29 juillet 2025) est venu rappeler une règle implacable : la donation-partage ne peut pas allotir les donataires en bien indivis. Si elle le fait, elle est disqualifiée dans son intégralité.

Concrètement : si vous donnez une maison à vos trois enfants en nue-propriété, avec une quote-part indivise d'un tiers chacun, la donation-partage est nulle. Les conséquences sont lourdes : les abattements spécifiques à la donation-partage sont perdus, le bien bascule dans le régime de l'indivision successorale classique, et la valorisation des droits de donation est recalculée.

Cette décision impose de structurer soigneusement l'acte. Pour une maison unique avec plusieurs enfants, deux options : soit attribuer la maison à un seul enfant et compenser les autres avec d'autres biens ou des soultes, soit renoncer au cadre de la donation-partage et opter pour une donation simple : avec une fiscalité potentiellement moins avantageuse.

Pour des informations plus précises sur les droits et la fiscalité de l'usufruit et de la nue-propriété, notre article sur la succession usufruit et nu-propriétaire peut vous éclairer.

Cas pratique chiffré : donation d'une maison de 300 000 € avec réserve d'usufruit

Illustrons les mécanismes par un scénario concret. Ces calculs sont donnés à titre illustratif : les droits exigibles dépendent du barème applicable au jour de la donation et de la situation personnelle de chaque donataire.

Un parent de 65 ans donne à son enfant la nue-propriété d'une maison valant 300 000 €. Le donateur conserve l'usufruit.

Calcul de la valeur fiscale de la nue-propriété

Selon le barème de l'article 669 du Code général des impôts, la valeur de l'usufruit dépend de l'âge de l'usufruitier :

  • Moins de 21 ans révolus : usufruit = 90 %, nue-propriété = 10 %
  • De 21 à 30 ans : usufruit = 80 %, nue-propriété = 20 %
  • De 31 à 40 ans : usufruit = 70 %, nue-propriété = 30 %
  • De 41 à 50 ans : usufruit = 60 %, nue-propriété = 40 %
  • De 51 à 60 ans : usufruit = 50 %, nue-propriété = 50 %
  • De 61 à 70 ans : usufruit = 40 %, nue-propriété = 60 %
  • De 71 à 80 ans : usufruit = 30 %, nue-propriété = 70 %
  • De 81 à 90 ans : usufruit = 20 %, nue-propriété = 80 %
  • Plus de 90 ans révolus : usufruit = 10 %, nue-propriété = 90 %

À 65 ans, le donateur se situe dans la tranche 61-70 ans. La nue-propriété taxable représente donc 60 % de la valeur vénale, soit 180 000 € (300 000 × 60 %). C'est sur cette base que les droits de donation sont calculés.

Sur ces 180 000 €, l'enfant bénéficie d'un abattement de 100 000 € en ligne directe (article 779 du CGI), renouvelable tous les 15 ans. La base taxable après abattement est donc de 80 000 €. Les droits sont calculés selon le barème progressif applicable aux donations en ligne directe.

Ce que l'abattement de 31 865 € couvre réellement

L'abattement de 31 865 € (article 790 G du CGI) est souvent confondu avec l'abattement de droit commun en ligne directe. Il s'agit d'un dispositif distinct : il concerne les dons de sommes d'argent consentis en pleine propriété à un enfant, petit-enfant ou, à défaut de descendance, à un neveu ou une nièce.

Cet abattement suppose que le donateur soit âgé de moins de 80 ans et que le donataire soit majeur ou émancipé. Il n'est pas applicable à une donation immobilière avec réserve d'usufruit. Le confondre avec l'abattement de 100 000 € en ligne directe est une erreur fréquente, qui conduit à surestimer l'avantage fiscal.

Dans notre cas pratique, seul l'abattement de 100 000 € s'applique. Pour une donation de nue-propriété d'une valeur taxable de 180 000 €, la base imposable après abattement est de 80 000 €. Les droits de donation en ligne directe s'élèvent, à titre indicatif et selon le barème progressif, à plusieurs milliers d'euros.

Donation-partage avec usufruit après 70 ans : des inconvénients accentués

Cette approche est cruciale, comme détaillé dans notre analyse sur la succession usufruit.

L'âge du donateur est une variable déterminante. Plus il avance, plus la nue-propriété taxable est élevée, et plus les droits de donation grimpent. Passé 70 ans, l'équation fiscale devient nettement moins favorable.

Un donateur de 75 ans transmet une nue-propriété valorisée à 70 % de la valeur du bien, contre 60 % à 65 ans. Pour une maison de 300 000 €, la base taxable passe de 180 000 € à 210 000 € : soit 30 000 € supplémentaires soumis au barème des droits de donation. Le coût fiscal augmente mécaniquement, sans que l'avantage patrimonial pour le donataire ne s'améliore.

À cela s'ajoute un facteur temporel souvent négligé : l'abattement de 100 000 € se renouvelle tous les 15 ans. Un parent qui donne à 65 ans peut consentir une nouvelle donation avec un abattement reconstitué à 80 ans. Celui qui attend 78 ans pour sa première donation perd cette possibilité de cumul. La stratégie de transmission doit donc intégrer ce calendrier.

Le barème fiscal défavorable après 70 ans

Le barème de l'article 669 du CGI est aveugle à l'état de santé réel du donateur. Il applique mécaniquement un pourcentage forfaitaire fondé sur l'âge statistique. Résultat : un donateur de 72 ans en excellente santé se voit appliquer le même taux qu'une personne du même âge à l'espérance de vie réduite.

Ce forfait peut jouer en défaveur du donateur dans deux cas : si sa longévité réelle dépasse significativement les tables de mortalité utilisées (la nue-propriété taxable était en réalité surévaluée), ou au contraire si l'usufruit s'éteint rapidement après la donation (la donation a été sous-évaluée au plan fiscal, mais cela ne modifie pas les droits déjà acquittés).

Le barème n'est pas négociable. Il s'impose à tous les actes de donation avec réserve d'usufruit, quelle que soit la valeur du bien.

La fenêtre des 15 ans : un délai à ne pas laisser passer

L'abattement de 100 000 € en ligne directe est renouvelable par période de 15 ans (article 784 du CGI). Ce délai court de date à date : une donation consentie le 15 mars 2026 permet un nouvel abattement à compter du 15 mars 2041.

Pour un donateur de 70 ans, attendre cinq ans de plus pour donner signifie perdre cinq années de « crédit » sur le renouvellement. Si le décès survient avant le terme des 15 ans, le second abattement n'aura jamais pu être utilisé.

Cette fenêtre temporelle est un élément central de la planification patrimoniale. La donation avec réserve d'usufruit n'échappe pas à cette règle : plus on tarde, plus on réduit mécaniquement les possibilités d'optimisation future. Le lien avec notre article sur les frais de succession pour une maison héritée permet d'anticiper la comparaison entre coût de la donation et coût de la succession.

Alternatives et points de vigilance avant de signer chez le notaire

Malgré les inconvénients détaillés, la donation avec réserve d'usufruit conserve une place dans l'arsenal de la transmission patrimoniale. À condition d'anticiper certaines clauses et de savoir pour quels profils elle reste adaptée.

Les clauses à anticiper dans l'acte notarié

L'acte notarié est obligatoire pour toute donation (article 931 du Code civil). Pour une donation avec réserve d'usufruit portant sur un bien immobilier, la forme authentique s'impose (articles 1076 à 1078-10 du Code civil pour les donations-partages).

Les clauses à examiner avec une attention particulière :

  • Clause de réversion d'usufruit : au profit du conjoint survivant. Sans elle, le conjoint peut se retrouver sans droit d'habitation au décès du donateur. Avec elle, le démembrement est prolongé.
  • Clause de quasi-usufruit : pour les liquidités ou les biens consomptibles. Elle permet à l'usufruitier de disposer du bien à charge de restitution. Sur ce point, notre article sur le quasi-usufruit et la créance de restitution détaille le mécanisme.
  • Clause d'inaliénabilité temporaire : elle peut protéger le nu-propriétaire contre lui-même, mais rigidifie encore le dispositif.
  • Convention de jouissance divise : pour les immeubles de rapport, elle répartit les prérogatives entre usufruitier et nu-propriétaire.

L'absence de ces clauses, ou leur rédaction approximative, est la première source de contentieux ultérieur.

Quand la donation avec réserve d'usufruit reste malgré tout pertinente

La donation avec réserve d'usufruit reste pertinente dans plusieurs configurations :

  • Un donateur jeune (moins de 60 ans) : la nue-propriété taxable est faible (50 % ou moins), ce qui réduit les droits de donation tout en transmettant le capital.
  • Un bien de rapport : le donateur conserve les loyers jusqu'à son décès, ce qui peut sécuriser ses revenus de retraite.
  • Un patrimoine inférieur au seuil IFI : la problématique de la double imposition ne se pose pas.
  • Une mésentente familiale improbable : le blocage à la vente n'est un risque que si les relations se dégradent.

En revanche, pour un donateur de plus de 70 ans, propriétaire de sa résidence principale dans un marché tendu, avec plusieurs enfants aux intérêts divergents, la balance penche nettement du côté des inconvénients. Notre article sur l'intérêt d'une donation avec réserve d'usufruit développe les contrepoints à la présente analyse. Un exemple chiffré de donation avec réserve d'usufruit complète utilement cette réflexion.

Fiche pratique

Articles de loi clésArt. 578 à 624 C. civ. (usufruit) ; Art. 600 à 616 C. civ. (obligations usufruitier) ; Art. 617 à 624 C. civ. (extinction usufruit) ; Art. 669 CGI (barème fiscal usufruit/nue-propriété) ; Art. 779 CGI (abattement 100 000 € en ligne directe) ; Art. 790 G CGI (abattement 31 865 € dons d'argent) ; Art. 1076 à 1078-10 C. civ. (donations-partages)
Décisions récentesConseil d'État, 12 mars 2026, n° 497808 (plus-value : usufruitier seul imposable) ; Cour de cassation, 2 juillet 2025 (indivision disqualifie la donation-partage)
Abattements clés100 000 € par parent et par enfant, renouvelable tous les 15 ans (art. 779 CGI) ; 31 865 € pour les dons d'argent en pleine propriété (art. 790 G CGI, non applicable à la donation immobilière avec usufruit)
Barème usufruit (art. 669 CGI) : tranche 61-70 ansUsufruit = 40 %, Nue-propriété = 60 % de la valeur vénale
Impôt IFI 2026Seuil d'imposition : 1 300 000 € de patrimoine immobilier net taxable. L'usufruitier déclare la valeur totale du bien.
Acte obligatoireActe notarié authentique (art. 931 C. civ.)
Contact officielNotaire (Conseil supérieur du notariat : notaires.fr) ; Service-public.fr pour simulateurs fiscaux.

Sources

Les informations ci-dessus sont indicatives et n'engagent pas leur auteur. Faites valider votre situation par un avocat avant toute démarche contentieuse.

Questions sur la succession

Quels sont les frais de donation d'une maison avec usufruit ?

Les frais se composent des droits de donation : calculés sur la valeur de la nue-propriété selon le barème de l'article 669 du CGI, après abattement de 100 000 € par parent et par enfant : et des émoluments du notaire, proportionnels à la valeur du bien (barème réglementé). Les droits varient selon le lien de parenté et l'âge du donateur. La donation doit obligatoirement être constatée par acte notarié (article 931 du Code civil).

Qui est propriétaire en cas de donation avec usufruit ?

Le nu-propriétaire (le donataire, généralement l'enfant) est propriétaire du bien en capital. L'usufruitier (le donateur) détient le droit d'usage et de jouissance (habiter ou percevoir les loyers). Aucun des deux n'est pleinement propriétaire : leurs droits sont complémentaires et se rejoignent au décès de l'usufruitier, moment où le nu-propriétaire récupère la pleine propriété sans nouvelle taxation.

Comment fonctionne la donation en usufruit pour les enfants ?

Les enfants reçoivent la nue-propriété immédiatement mais n'en ont pas la jouissance : ils ne peuvent ni occuper le bien, ni le vendre sans l'accord de l'usufruitier. Ils supportent les grosses réparations (article 606 du Code civil). Au décès du parent usufruitier, l'usufruit s'éteint automatiquement et les enfants deviennent pleins propriétaires, sans droits de succession à payer sur la valeur de la nue-propriété déjà transmise.

Quels sont les avantages d'une donation par usufruit ?

La donation avec réserve d'usufruit permet de transmettre un bien de son vivant en réduisant la base taxable (seule la nue-propriété est taxée), tout en conservant l'usage du bien ou ses revenus jusqu'au décès. Elle fige la valeur du bien au jour de la donation pour le calcul des droits, ce qui est utile en période de hausse immobilière. Le donateur continue d'habiter le logement sans changement de situation matérielle.