
Donation avec réserve d'usufruit : exemple concret, calcul des droits et pièges
Découvrez un exemple chiffré de donation avec réserve d'usufruit : calcul des droits, barème fiscal, frais de notaire et erreurs à éviter. Guide pratique 2026.

La donation avec réserve d'usufruit permet de transmettre la nue-propriété d'un bien à ses enfants tout en conservant l'usage (habitation ou loyers). L'avantage fiscal est immédiat : les droits de mutation sont calculés sur la seule valeur de la nue-propriété, réduite selon le barème de l'article 669 du CGI. Pour un donateur de 67 ans transmettant un bien de 300 000 € à deux enfants, la part taxable peut être ramenée à 0 € après application des abattements de 100 000 € par parent et par enfant.
Une donation avec réserve d'usufruit permet de transmettre la nue-propriété d'un bien immobilier à ses enfants tout en continuant à l'habiter ou à en percevoir les loyers. L'assiette taxable étant limitée à la seule valeur de la nue-propriété : et non à la pleine propriété : , les droits de mutation s'en trouvent mécaniquement réduits. Prenons un exemple chiffré complet : un donateur de 67 ans, un bien évalué à 300 000 €, deux enfants donataires. Nous allons dérouler le calcul étape par étape, du barème fiscal de l'article 669 du CGI jusqu'aux frais de notaire, en passant par le piège du renouvellement d'abattement que beaucoup de familles oublient.
En bref
- En cas de donation avec réserve d'usufruit, la base taxable est limitée à la valeur de la nue-propriété, calculée selon le barème de l'article 669 du CGI (40 % d'usufruit = 60 % de nue-propriété pour un donateur de 61 à 70 ans).
- L'abattement de 100 000 € par parent et par enfant se renouvelle tous les 15 ans, créant une fenêtre d'optimisation fiscale que la plupart des familles n'exploitent pas.
- La vente du bien en pleine propriété exige l'accord conjoint de l'usufruitier ET du nu-propriétaire : un blocage peut survenir en cas de mésentente familiale.
- L'acte de donation avec réserve d'usufruit doit obligatoirement être passé devant notaire (art. 931 du Code civil) ; les frais sont proportionnels à la valeur du bien transmis.
Qu'est-ce qu'une donation avec réserve d'usufruit ?
La donation avec réserve d'usufruit est un acte juridique par lequel le propriétaire d'un bien (le donateur) transmet la nue-propriété à un bénéficiaire (le donataire), tout en conservant pour lui-même l'usufruit du bien transmis. Ce mécanisme, qui relève du démembrement de propriété, est régi par les articles 578 et suivants du Code civil.
L'article 578 du Code civil définit l'usufruit comme « le droit de jouir des choses dont un autre a la propriété, comme le propriétaire lui-même, mais à la charge d'en conserver la substance ». Concrètement, le donateur-usufruitier peut continuer à habiter le logement transmis ou à en percevoir les loyers s'il est mis en location. Au décès de l'usufruitier, l'usufruit s'éteint automatiquement : le nu-propriétaire récupère alors la pleine propriété du bien, sans formalité fiscale supplémentaire.
L'article 669 du Code général des impôts fixe le barème qui permet d'évaluer respectivement la valeur de l'usufruit et de la nue-propriété en fonction de l'âge de l'usufruitier. Ce barème est essentiel, car c'est sur la seule valeur de la nue-propriété que seront liquidés les droits de mutation à titre gratuit. Pour un usufruit temporaire (durée fixe), la règle est différente : l'usufruit est estimé à 23 % de la valeur de la propriété entière pour chaque période de dix ans.
En pratique, la donation avec réserve d'usufruit constitue une forme de fonctionnement de l'usufruit dans une succession anticipée, puisque le donateur organise de son vivant la transmission de son patrimoine tout en se protégeant : il garde la maîtrise de l'usage du bien jusqu'à son décès.
Usufruit, nue-propriété, pleine propriété : les trois notions clés
Le droit de propriété se décompose en trois attributs : l'usus (droit d'utiliser la chose), le fructus (droit d'en percevoir les fruits, comme les loyers) et l'abusus (droit de disposer de la chose, notamment la vendre).
L'usufruit regroupe l'usus et le fructus : l'usufruitier peut habiter le bien ou le louer et en encaisser les revenus locatifs. La nue-propriété correspond à l'abusus seul : le nu-propriétaire est titulaire du bien sur le papier, mais ne peut ni l'occuper ni en percevoir les fruits tant que l'usufruit existe. La pleine propriété cumule les trois attributs.
Lors d'une donation avec réserve d'usufruit, le donateur scinde la pleine propriété : il transmet la nue-propriété (abusus) au donataire et conserve l'usufruit (usus + fructus) pour lui-même. Cette dissociation produit un effet fiscal immédiat : les droits de donation ne portent que sur la nue-propriété, dont la valeur est toujours inférieure à celle de la pleine propriété.
Ce que le donateur conserve (et ce qu'il transmet)
Le donateur-usufruitier conserve la jouissance du bien : droit d'habitation à titre gratuit ou perception des loyers. Il assume en contrepartie les charges usuelles (entretien courant, taxe foncière : article 605 du Code civil). Le nu-propriétaire supporte les grosses réparations (article 606 du Code civil : gros murs, poutres, toiture).
Ce que le donateur transmet immédiatement, c'est la nue-propriété. Le donataire devient propriétaire des murs, sans pouvoir en user. À l'extinction de l'usufruit (le plus souvent au décès du donateur), la pleine propriété se reconstitue automatiquement sur la tête du nu-propriétaire, sans nouveau transfert taxable. Le fonctionnement de l'usufruit dans une succession illustre bien cette mécanique de reconstitution.
Quel est l'intérêt d'une donation avec réserve d'usufruit ?
L'intérêt de la donation avec réserve d'usufruit se décline sur deux plans : patrimonial et fiscal.
Sur le plan patrimonial, le donateur transmet le bien de son vivant tout en conservant la sécurité d'en garder l'usage. Il continue à habiter son logement ou à percevoir les loyers jusqu'à son décès. Cette solution rassure de nombreux parents qui souhaitent anticiper leur succession sans se déposséder complètement. Elle permet aussi de figer la valeur du bien au jour de la donation pour le calcul de la réserve héréditaire et de la quotité disponible (article 922 du Code civil), évitant que l'augmentation future de la valeur ne crée des difficultés lors du partage successoral.
Sur le plan fiscal, l'avantage est immédiat : les droits de mutation à titre gratuit sont calculés uniquement sur la valeur de la nue-propriété, et non sur la valeur de la pleine propriété. Pour un donateur âgé de 67 ans, la nue-propriété ne représente que 60 % de la valeur du bien (barème de l'article 669 du CGI). Cette réduction de l'assiette taxable peut représenter une économie significative.
Un autre levier fiscal, souvent sous-estimé, est le renouvellement de l'abattement personnel de 100 000 € tous les quinze ans (article 779 du Code général des impôts). Une famille qui planifie deux donations successives du même bien à quinze ans d'intervalle peut ainsi bénéficier deux fois de l'abattement, réduisant encore : voire annulant : les droits à payer. Dans le cas d'une donation entre époux et réserve d'usufruit, l'exonération totale des droits entre époux offre une optimisation encore plus poussée.
Garder la jouissance du bien tout en préparant sa succession
La donation avec réserve d'usufruit constitue un outil de transmission intergénérationnelle qui préserve la qualité de vie du donateur. Le parent donateur ne change rien à son quotidien : il reste dans les murs, continue à assumer les charges courantes et conserve le pouvoir de décision sur l'usage quotidien du bien.
Cette sécurité explique pourquoi le montage est privilégié par les personnes âgées propriétaires de leur résidence principale. La transmission est anticipée, les droits sont payés au moment de la donation, et aucun impôt supplémentaire ne sera dû au décès sur ce bien. Le nu-propriétaire n'a pas à s'inquiéter de la fiscalité future : tout est réglé du vivant du donateur.
Cette dissociation peut également servir une stratégie de protection du conjoint survivant. Le fonctionnement de l'usufruit dans une succession montre comment les droits respectifs de l'usufruitier et du nu-propriétaire se répartissent, notamment lorsque le conjoint survivant opte pour l'usufruit universel.
Réduire les droits de mutation grâce au barème fiscal
Le barème de l'article 669 du CGI agit comme un coefficient réducteur de la base taxable. Plus le donateur est jeune, plus la valeur de l'usufruit qu'il conserve est élevée : et plus la nue-propriété transmise a une valeur faible.
Pour un donateur de 67 ans, l'usufruit vaut 40 % de la pleine propriété et la nue-propriété 60 %. Pour un bien de 300 000 €, la base taxable est de 180 000 € au lieu de 300 000 €. Avec un abattement de 100 000 € par enfant, la part taxable nette tombe à 80 000 € par enfant : là où une donation en pleine propriété aurait laissé une base taxable de 200 000 € par enfant après abattement.
Le barème des droits de mutation (art. 777 du CGI) applique ensuite des taux progressifs allant de 5 % à 45 % selon la part taxable. L'économie réalisée est donc proportionnelle non seulement à la réduction d'assiette mais aussi au taux marginal applicable. Le mécanisme est d'autant plus puissant que le patrimoine transmis est important.
Comment calculer les droits de donation avec réserve d'usufruit ?
Le calcul des droits de donation avec réserve d'usufruit suit une méthode en trois étapes. Prenons un cas concret pour illustrer le mécanisme.
Scénario : Monsieur D, 67 ans, est propriétaire d'une maison estimée à 300 000 € (valeur en pleine propriété). Il souhaite transmettre la nue-propriété à ses deux enfants, Julie et Thomas, en conservant l'usufruit. Chaque enfant reçoit donc la moitié de la nue-propriété.
Étape 1 : Déterminer la valeur de la nue-propriété. À 67 ans, Monsieur D se situe dans la tranche 61-70 ans du barème viager de l'article 669 du CGI. L'usufruit est évalué à 40 % de la pleine propriété, la nue-propriété à 60 %. Valeur de la nue-propriété transmise : 300 000 € × 60 % = 180 000 €.
Étape 2 : Appliquer l'abattement personnel. Chaque enfant bénéficie d'un abattement de 100 000 € (article 779 du CGI) sur la valeur qu'il reçoit. Julie reçoit 90 000 € de nue-propriété (180 000 € ÷ 2), Thomas également. Après abattement, aucune part taxable ne dépasse 100 000 €. La part taxable de chaque enfant est de 0 €.
Étape 3 : Liquider les droits. Le barème progressif de l'article 777 du CGI prévoit une taxation à partir de 5 % sur la tranche inférieure à 8 072 €, puis 10 %, 15 %, 20 % et jusqu'à 45 % au-delà de 1 805 677 €. Ici, la part taxable étant nulle pour chaque enfant, les droits de donation sont de 0 €.
Ce résultat illustre la puissance du double mécanisme réduction d'assiette + abattement. Avec une donation en pleine propriété, chaque enfant aurait reçu 150 000 €, soit 50 000 € de part taxable après abattement, générant environ 8 195 € de droits par enfant. L'économie réalisée grâce à la réserve d'usufruit est ici de près de 16 400 € au total.
⚠️ Attention : l'abattement de 100 000 € se renouvelle tous les 15 ans. Une famille qui anticipe peut réaliser une première donation à 67 ans, puis une seconde à 82 ans (ou avant 82 ans si la première a été faite plus tôt) et bénéficier deux fois de l'abattement.
Le barème fiscal de l'usufruit selon l'âge du donateur (article 669 CGI)
L'article 669 du Code général des impôts distingue deux régimes selon la nature de l'usufruit.
Pour l'usufruit viager (durée de vie de l'usufruitier), la valeur est fixée forfaitairement par tranche d'âge. La valeur de l'usufruit décroît avec l'âge : 90 % de la pleine propriété pour un usufruitier de moins de 21 ans, 80 % entre 21 et 30 ans, 70 % entre 31 et 40 ans, 60 % entre 41 et 50 ans, 50 % entre 51 et 60 ans, 40 % entre 61 et 70 ans, 30 % entre 71 et 80 ans, 20 % entre 81 et 90 ans, 10 % au-delà de 91 ans.
Pour l'usufruit temporaire (durée fixe), l'article 669 CGI prévoit une valeur de 23 % de la pleine propriété pour chaque période de dix ans, sans fraction. Ainsi, un usufruit temporaire de 15 ans vaudra 23 % × 2 = 46 % (deux périodes de dix ans entamées, le calcul s'effectuant par tranche indivisible de dix ans).
Exemple chiffré : bien immobilier de 300 000 €, donateur de 67 ans
Reprenons notre scénario en détail avec un tableau comparatif.
| Élément | Valeur |
|---|---|
| Valeur pleine propriété | 300 000 € |
| Âge du donateur | 67 ans (tranche 61-70 ans) |
| Valeur de l'usufruit (40 %) | 120 000 € |
| Valeur de la nue-propriété transmise (60 %) | 180 000 € |
| Part par enfant (2 donataires) | 90 000 € |
| Abattement parent-enfant applicable | 100 000 € |
| Part taxable après abattement | 0 € |
| Droits de donation dus | 0 € |
Si le donateur avait 52 ans (tranche 51-60 ans), l'usufruit vaudrait 50 % de la pleine propriété, soit 150 000 €, laissant une nue-propriété de 150 000 €, soit 75 000 € par enfant : également exonérée après abattement. Le choix du moment de la donation est donc stratégique : plus le donateur est jeune, plus la nue-propriété transmise a une valeur faible, et plus l'économie fiscale est importante.
💡 À noter : une donation entre époux avec réserve d'usufruit bénéficie d'une exonération totale des droits (art. 796-0 bis du CGI), ce qui renforce encore l'intérêt du montage pour un couple souhaitant optimiser la transmission au conjoint survivant. Voir notre guide sur la donation entre époux et réserve d'usufruit.
Frais de notaire sur une donation avec réserve d'usufruit
Les frais de notaire sur une donation avec réserve d'usufruit comprennent plusieurs composantes.
Les émoluments proportionnels sont calculés sur la valeur de la nue-propriété transmise selon un barème dégressif fixé par l'article A444-53 du Code de commerce : 3,87 % jusqu'à 6 500 €, 1,596 % de 6 501 € à 17 000 €, 1,064 % de 17 001 € à 60 000 €, 0,799 % au-delà. À cela s'ajoutent les droits d'enregistrement (si la donation n'est pas exonérée) et la TVA à 20 %.
Pour notre exemple (nue-propriété de 180 000 €), les émoluments proportionnels s'établissent approximativement comme suit : (6 500 × 3,87 %) + (10 500 × 1,596 %) + (43 000 × 1,064 %) + (120 000 × 0,799 %) = 251,55 + 167,58 + 457,52 + 958,80 = environ 1 835 € HT d'émoluments. Avec la TVA et les frais fixes (débours, formalités), le coût total est généralement de l'ordre de 1,5 % à 2,5 % de la valeur du bien.
⚠️ Attention : les frais sont dus sur l'acte de donation lui-même. Si la donation n'est pas exonérée, les droits d'enregistrement constituent le poste le plus lourd, bien supérieur aux émoluments du notaire.
Quels sont les inconvénients et pièges de la donation avec réserve d'usufruit ?
La donation avec réserve d'usufruit n'est pas sans contraintes. Avant de se lancer, il est crucial d'en mesurer les revers.
Le premier inconvénient tient à l'irrévocabilité de la donation. L'article 894 du Code civil définit la donation comme un acte par lequel le donateur se dépouille actuellement et irrévocablement de la chose donnée. Une fois l'acte notarié signé, revenir en arrière est impossible, sauf cas très restreints : ingratitude du donataire (article 955 du Code civil) ou inexécution des charges imposées au donataire (article 954).
Le second piège est la gestion du bien au quotidien. Les décisions importantes : comme la vente du bien en pleine propriété ou la réalisation de travaux lourds : nécessitent l'accord de l'usufruitier ET du nu-propriétaire. Une mésentente familiale peut paralyser toute décision. Par ailleurs, le nu-propriétaire supporte les grosses réparations (article 606 du Code civil), ce qui peut représenter une charge financière lourde pour un enfant qui ne tire aucun revenu du bien.
Enfin, certaines familles omettent de renouveler la donation dans le délai de quinze ans pour bénéficier à nouveau de l'abattement. Ce point, souvent négligé, constitue pourtant un levier d'optimisation majeur. La loi de finances peut également modifier le barème ou les abattements : un risque à intégrer dans toute planification à long terme.
La vente du bien nécessite l'accord de l'usufruitier ET du nu-propriétaire
C'est l'un des écueils les plus fréquents en pratique. Un enfant nu-propriétaire qui souhaite vendre le bien familial ne peut le faire sans l'accord exprès de ses parents usufruitiers. Inversement, des parents usufruitiers qui souhaitent vendre pour financer leur entrée en maison de retraite doivent obtenir l'accord de leurs enfants nu-propriétaires.
L'article 815-3 du Code civil dispose que les actes de disposition (vente, hypothèque) requièrent l'unanimité des indivisaires. En présence d'un démembrement, usufruitier et nu-propriétaire sont en situation d'indivision quant aux droits sur le bien : chaque décision de disposition exige leur accord conjoint.
La vente du seul usufruit ou de la seule nue-propriété est juridiquement possible, mais la valeur de marché de droits démembrés isolés est nettement inférieure, et trouver un acquéreur est difficile. Dans les faits, la vente en pleine propriété reste la solution la plus courante : et exige un consensus familial. Le fonctionnement de l'usufruit dans une succession détaille ces mécanismes de gestion partagée.
Ne pas manquer la fenêtre du renouvellement d'abattement tous les 15 ans
L'article 779 du Code général des impôts prévoit que l'abattement de 100 000 € entre parent et enfant se renouvelle tous les quinze ans. Cette règle constitue une opportunité d'optimisation que beaucoup de contribuables ignorent.
Prenons un exemple : des parents réalisent une première donation avec réserve d'usufruit de la nue-propriété de leur résidence principale à leurs enfants en 2010. L'abattement de 100 000 € est intégralement utilisé. En 2025, soit quinze ans plus tard, l'abattement est à nouveau disponible. Les parents peuvent alors donner la nue-propriété d'un autre bien : ou même, si le premier bien n'a pas été entièrement transmis, donner une quote-part complémentaire de nue-propriété : et bénéficier une seconde fois de la franchise de 100 000 €.
Cette stratégie de « donation à étages » permet de transmettre un patrimoine significatif en franchise totale d'impôt. Elle exige cependant une anticipation rigoureuse et un suivi des dates de chaque donation antérieure. La donation entre époux et enfants peut également s'articuler avec ce mécanisme pour optimiser la transmission au sein du couple.
📌 Important : l'abattement de 100 000 € est un plafond, pas un montant forfaitaire. Si la valeur donnée est inférieure à l'abattement, le reliquat non utilisé n'est pas reportable sur une donation ultérieure à quinze ans. La fenêtre des quinze ans est donc une remise à zéro du compteur, pas un cumul.
Donation avec réserve d'usufruit : la stratégie en pratique
Mettre en œuvre une donation avec réserve d'usufruit ne s'improvise pas. Plusieurs points de vigilance méritent l'attention avant de passer à l'acte.
L'évaluation du bien doit être réalisée avec soin. La valeur déclarée dans l'acte notarié sert d'assiette aux droits de donation et figera la valeur du bien pour le calcul de la réserve héréditaire. Une sous-évaluation expose à un redressement fiscal ; une surévaluation peut générer des droits inutilement élevés. Le recours à un notaire ou à un expert immobilier est recommandé.
Le choix du moment est également stratégique. Comme l'illustre notre exemple chiffré, plus le donateur est jeune, plus la nue-propriété transmise a une valeur fiscale réduite. Mais une donation trop précoce peut être risquée si le donateur a besoin de liquidités plus tard (entrée en maison de retraite, dépendance). La vente du bien devenant alors complexe, il faut anticiper ces besoins futurs.
Pour les biens consomptibles (sommes d'argent, portefeuilles de valeurs mobilières), le mécanisme diffère : on parle alors de quasi-usufruit. Le nu-propriétaire détient une créance de restitution sur la succession, ce qui soulève des questions spécifiques de quasi-usufruit sur une somme d'argent que nous détaillons dans un guide dédié.
Enfin, la réserve héréditaire doit être respectée. La donation avec réserve d'usufruit s'impute sur la quotité disponible et, subsidiairement, sur la réserve (article 919-1 du Code civil). Si la valeur du bien donné excède la quotité disponible, une action en réduction peut être intentée par les héritiers réservataires lésés. Le notaire vérifiera ce point au moment de la rédaction de l'acte.
💡 À noter : en cas de donation avec réserve d'usufruit portant sur la résidence principale, le donateur conserve le bénéfice de l'exonération de plus-value en cas de vente ultérieure (art. 150 U-II-1° du CGI), car il reste occupant du bien à titre de résidence principale. Cet avantage disparaît si le donateur quitte le logement avant la vente.
Fiche pratique
| Articles de loi clés | Art. 578 à 624 du Code civil (usufruit) ; Art. 669 du CGI (barème fiscal usufruit/nue-propriété) ; Art. 777 à 791 ter du CGI (tarif des droits de mutation) ; Art. 931 du Code civil (forme notariée obligatoire des donations entre vifs) |
| Barème usufruit viager (art. 669 CGI) | Moins de 21 ans : usufruit = 90 % / nue-propriété = 10 % ; 21-30 ans : 80/20 ; 31-40 ans : 70/30 ; 41-50 ans : 60/40 ; 51-60 ans : 50/50 ; 61-70 ans : 40/60 ; 71-80 ans : 30/70 ; 81-90 ans : 20/80 ; Plus de 90 ans : 10/90 |
| Barème usufruit temporaire (art. 669 CGI) | 23 % de la valeur de la pleine propriété par période de 10 ans |
| Abattement parent-enfant (2026) | 100 000 €, renouvelable tous les 15 ans (art. 779 du CGI) |
| Frais de notaire indicatifs | Émoluments proportionnels (barème dégressif) + droits d'enregistrement + TVA à 20 % ; compter environ 1,5 % à 3 % de la valeur du bien selon sa nature et sa localisation |
| Acte obligatoire | Acte notarié (art. 931 du Code civil) : aucune donation entre vifs ne peut être faite sous seing privé |
| Juridiction compétente en cas de litige | Tribunal judiciaire du lieu où réside le défendeur ou du lieu de situation de l'immeuble |
Sources
- legifrance.gouv.fr
- legifrance.gouv.fr
- legifrance.gouv.fr
- legifrance.gouv.fr
- village-justice.com
- village-justice.com
Les informations ci-dessus sont indicatives et n'engagent pas leur auteur. Faites valider votre situation par un avocat avant toute démarche contentieuse.
Questions sur la succession
Qu'est-ce qu'une donation avec réserve d'usufruit ?
La donation avec réserve d'usufruit est un acte par lequel le donateur transmet la nue-propriété d'un bien tout en conservant l'usufruit : c'est-à-dire le droit d'habiter le logement ou d'en percevoir les loyers (art. 578 du Code civil). Au décès du donateur, l'usufruit s'éteint automatiquement et le nu-propriétaire récupère la pleine propriété sans frais supplémentaires.
Quel est l'intérêt d'une donation avec réserve d'usufruit ?
L'intérêt est double : le donateur conserve la jouissance du bien jusqu'à son décès (habitation ou perception des loyers), et la base taxable aux droits de mutation est limitée à la seule valeur de la nue-propriété : inférieure à la valeur en pleine propriété. La fiscalité s'en trouve allégée, car les droits sont calculés sur une assiette réduite selon le barème de l'article 669 du Code général des impôts.
Comment calculer les droits de donation avec réserve d'usufruit ?
Le calcul s'effectue en deux temps. Premièrement, on détermine la valeur de la nue-propriété transmise en appliquant le barème de l'article 669 du CGI : pour un usufruit viager, la valeur de l'usufruit dépend de l'âge du donateur (par exemple, 40 % pour un donateur de 61 à 70 ans, ce qui donne une nue-propriété de 60 %). Deuxièmement, on applique le barème des droits de mutation (art. 777 et suivants du CGI) sur cette valeur, après déduction de l'abattement applicable (100 000 € entre parent et enfant, renouvelable tous les 15 ans).
Quels sont les inconvénients de la donation d'une maison avec usufruit ?
Le principal inconvénient est la perte de liberté de disposer du bien : toute vente du bien en pleine propriété nécessite l'accord conjoint de l'usufruitier et du nu-propriétaire. De plus, la donation est en principe irrévocable (sauf ingratitude du donataire ou inexécution des charges). Enfin, le nu-propriétaire ne peut pas occuper le bien ni en percevoir les loyers tant que l'usufruitier est en vie.
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