
Cession de parts de SCI : notaire obligatoire ou pas en 2026 ?
Cession de parts SCI et notaire : ce qui a changé avec la loi du 7 avril 2026. Cas obligatoires, acte sous seing privé, droits d'enregistrement

Pour une SCI ordinaire, le notaire n'est pas obligatoire : un acte sous seing privé, éventuellement rédigé par un avocat, suffit. En revanche, depuis la loi n° 2026-248 du 7 avril 2026 (article 68), toute cession de parts d'une SCI à prépondérance immobilière doit être constatée par acte authentique, à peine de nullité. La donation de parts exige aussi un acte notarié, conformément à l'article 931 du Code civil.
Céder des parts de SCI sans notaire reste possible dans la plupart des cas, mais la loi n° 2026-248 du 7 avril 2026 a rebattu les cartes pour les sociétés à prépondérance immobilière. Depuis cette réforme, l'acte authentique est exigé à peine de nullité pour toute cession de parts de ce type de société. Le point sur ce qui relève de l'obligation légale, de la simple faculté ou du piège à éviter.
Ce qu'il faut retenir
- Le notaire n'est pas obligatoire pour céder des parts d'une SCI ordinaire ne détenant pas d'immeuble : l'acte sous seing privé reste valable.
- Depuis la loi du 7 avril 2026, toute cession de parts d'une SCI à prépondérance immobilière exige un acte authentique, sous peine de nullité.
- La donation de parts sociales de SCI impose l'acte notarié depuis toujours, en vertu de l'article 931 du Code civil.
- Les droits d'enregistrement de 0,1 % sont dus dans tous les cas, que l'acte soit notarié ou sous seing privé.
- L'opposabilité aux tiers et aux créanciers exige signification à la société et dépôt au greffe, formalités à ne jamais omettre.
Ce que dit la loi : notaire obligatoire ou simple formalité ?
La réponse varie selon la nature de la SCI et le type de cession. Pour une société civile immobilière classique, le principe reste celui de la liberté de forme : l'acte sous seing privé suffit, aucune disposition du Code civil n'impose le recours à un notaire pour constater une cession de parts sociales à titre onéreux. Les articles 1861 à 1865 du Code civil, qui encadrent la cession des parts sociales, ne mentionnent aucune exigence de forme authentique.
Ce cadre libéral a toutefois été profondément modifié par la loi n° 2026-248 du 7 avril 2026 visant à simplifier la sortie de l'indivision et la gestion des successions vacantes. Son article 68 crée une obligation nouvelle : toute cession de parts de société à prépondérance immobilière doit désormais être constatée par acte authentique, à peine de nullité (source : actu-juridique.fr, juin 2026). Cette réforme, entrée en vigueur au printemps 2026, change radicalement la pratique pour un grand nombre de SCI.
Un autre cas d'obligation notariale préexiste depuis toujours : la donation de parts sociales. L'article 931 du Code civil impose que toute donation entre vifs soit reçue par acte authentique, sous peine de nullité absolue (source : village-justice.com, février 2026). Cette règle n'a pas été modifiée par la réforme de 2026 et continue de s'appliquer à toutes les SCI, quelle que soit leur qualification.
La règle générale : l'acte sous seing privé reste possible pour la SCI ordinaire
Une SCI qui ne répond pas aux critères de la prépondérance immobilière peut céder ses parts par simple acte sous seing privé. Cet écrit, signé par le cédant et le cessionnaire, doit mentionner les éléments essentiels : identité des parties, nombre de parts cédées, prix de cession, date de transfert de propriété. L'intervention d'un avocat pour la rédaction de l'acte constitue une alternative crédible au notaire, souvent moins onéreuse, tout en offrant une sécurité juridique appréciable. En pratique, beaucoup de cessions de SCI familiales se concluent encore sous cette forme.
La nouveauté 2026 : l'acte authentique obligatoire pour les sociétés à prépondérance immobilière
L'article 68 de la loi n° 2026-248 du 7 avril 2026 a introduit une rupture nette. Toute cession de parts d'une société à prépondérance immobilière : catégorie qui englobe la plupart des SCI détenant un bien immobilier : doit être reçue par acte authentique. La sanction est sévère : la nullité de l'acte. Selon une analyse parue sur village-justice.com (13 mai 2026), sur cent cessions de parts de SCI en pratique courante, la voie de l'expert-comptable ne sera désormais ouverte que dans une poignée de cas. Le décret n° 2026-340 du 30 avril 2026 est venu préciser les modalités d'application de cette obligation.
La donation de parts : cas où le notaire a toujours été obligatoire (art. 931 Code civil)
Transmettre des parts de SCI à titre gratuit : à un enfant, un conjoint, un tiers : constitue une donation entre vifs. L'article 931 du Code civil est formel : ce type d'acte doit être passé en la forme authentique. Aucune exception n'existe pour les parts sociales. Le notaire instrumentaire vérifie la capacité du donateur, recueille son consentement éclairé, et assure la publicité fiscale de la donation. Un acte sous seing privé pour une donation de parts serait frappé de nullité absolue, sans possibilité de régularisation ultérieure.
Les 3 situations où le notaire est obligatoire pour céder des parts de SCI
Trois hypothèses imposent le passage devant notaire. La première, historique, est la donation de parts sociales. La deuxième, issue de la réforme de 2026, concerne les cessions de parts de SCI à prépondérance immobilière. La troisième, plus circonstancielle, vise les cessions soumises à publicité foncière lorsque la SCI détient directement des immeubles et que la mutation des parts emporte transmission de la propriété immobilière au sens fiscal.
Le tableau ci-dessous résume les différences essentielles entre SCI ordinaire et SCI à prépondérance immobilière face à l'obligation notariale.
| Critère | SCI ordinaire | SCI à prépondérance immobilière |
|---|---|---|
| Forme de l'acte de cession | Acte sous seing privé autorisé | Acte authentique obligatoire (loi 2026-248, art. 68) |
| Sanction en cas d'acte sous seing privé | Aucune (acte valable) | Nullité de la cession |
| Intervention possible d'un avocat | Oui | Oui, mais l'acte final doit être notarié |
| Intervention possible d'un expert-comptable | Oui, pour la rédaction | Fortement réduite depuis 2026 (village-justice.com, mai 2026) |
| Donation de parts | Acte authentique obligatoire (art. 931 C. civ.) | Acte authentique obligatoire (art. 931 C. civ.) |
L'erreur la plus fréquente depuis l'entrée en vigueur de la loi de 2026 consiste à penser que la cession de parts d'une SCI échappe toujours à l'obligation notariale. Beaucoup d'associés de SCI familiales ignorent que leur société, détenant un bien immobilier, relève très probablement de la catégorie « à prépondérance immobilière ». Conséquence : un acte sous seing privé signé après l'entrée en vigueur de la loi serait frappé de nullité, et la cession dépourvue de tout effet juridique.
Donation de parts sociales de SCI : acte notarié impératif
La donation de parts sociales obéit à un formalisme strict depuis l'origine du Code civil. L'article 931 impose l'acte authentique pour toute donation entre vifs, qu'elle porte sur un bien immobilier, des liquidités ou des parts de société. Le notaire va bien au-delà de la simple rédaction : il conseille sur les abattements fiscaux applicables (100 000 € par parent et par enfant, renouvelable tous les 15 ans pour les donations), vérifie l'absence de vices du consentement, et procède aux formalités d'enregistrement auprès du Service des Impôts des Entreprises (SIE).
SCI à prépondérance immobilière : la règle du jeu a changé en 2026
Une société est qualifiée de « à prépondérance immobilière » lorsque son actif est principalement composé de biens ou droits immobiliers. La très grande majorité des SCI entrent dans cette catégorie, dès lors qu'elles détiennent un immeuble, un terrain ou des parts d'autres sociétés immobilières représentant plus de 50 % de leur actif. L'article 68 de la loi n° 2026-248 du 7 avril 2026 leur impose l'acte authentique, une exigence qui s'applique à toute cession, qu'elle soit partielle ou totale, entre associés ou au profit d'un tiers.
Piège courant : confondre SCI classique et SCI à prépondérance immobilière (conséquence : nullité)
La qualification de la SCI n'est pas une option déclarative laissée au choix des associés. Elle résulte de la composition réelle de l'actif social. Un associé qui cède ses parts par acte sous seing privé dans une SCI détenant un appartement, pensant de bonne foi que sa société est « ordinaire », commet une erreur lourde de conséquences : l'acte est nul, la propriété des parts n'est pas transférée, et le prix versé doit être restitué. En cas de contentieux, le cessionnaire qui a payé sans devenir propriétaire des parts se retrouve dans une situation juridique inextricable.
Cession de parts SCI sans notaire : la procédure étape par étape
Quand la SCI n'entre pas dans les cas d'obligation notariale, la cession de parts sociales peut suivre un parcours en quatre étapes, de l'agrément des associés jusqu'au dépôt au greffe. Chaque étape obéit à des règles précises, dont le non-respect peut compromettre la validité ou l'opposabilité de la cession.
Le recours à un avocat pour sécuriser la rédaction de l'acte et vérifier le respect de la procédure d'agrément est une pratique répandue. Moins coûteux que le notaire pour une prestation de conseil et de rédaction, l'avocat n'en demeure pas moins un professionnel du droit soumis à des règles déontologiques strictes. Pour les cessions simples entre associés d'une même famille, un modèle d'acte peut suffire, à condition d'être minutieusement adapté à la situation.
Étape 1 : obtenir l'agrément des associés (art. 1861 à 1865 Code civil)
Les articles 1861 à 1865 du Code civil soumettent la cession de parts sociales à l'agrément des associés. Le principe est celui de l'unanimité, sauf clause statutaire contraire qui peut prévoir une majorité simple ou qualifiée. La demande d'agrément doit être notifiée à la société et à chaque associé, avec mention de l'identité du cessionnaire proposé et du nombre de parts cédées. Les statuts déterminent le délai dans lequel la société doit statuer ; à défaut, un délai raisonnable s'applique, généralement fixé à trois mois par la jurisprudence. Le refus d'agrément oblige la société à racheter ou faire racheter les parts dans un délai imparti.
Étape 2 : rédiger l'acte de cession (sous seing privé ou par avocat)
L'acte de cession, lorsqu'il n'est pas notarié, prend la forme d'un écrit sous seing privé signé par le cédant et le cessionnaire. Il doit impérativement comporter : l'identité complète des parties, la dénomination sociale de la SCI, le nombre et les numéros des parts cédées, le prix de cession et ses modalités de paiement, la date de transfert de propriété, ainsi que la clause d'agrément et la justification de son obtention. Un acte rédigé par un avocat offre une sécurité renforcée : il intègre les garanties usuelles (garantie de passif, déclarations du cédant sur l'absence de nantissement des parts) et prévient les litiges ultérieurs.
Étape 3 : enregistrement auprès du Service des Impôts des Entreprises (SIE)
L'acte de cession, qu'il soit sous seing privé ou authentique, doit être enregistré au SIE compétent dans le délai d'un mois suivant la signature (article 726 du Code général des impôts). Le droit d'enregistrement est fixé à 0,1 % du prix de cession, sans minimum de perception. Pour une cession valorisée à 200 000 €, le droit s'élève à 200 €. L'enregistrement s'effectue au moyen du formulaire n° 2759, accompagné du paiement des droits. Le SIE appose son timbre sur l'acte, ce qui lui confère date certaine et le rend opposable à l'administration fiscale. À noter : la cession de parts à une holding soumise à l'impôt sur les sociétés supporte un droit d'enregistrement de 5 % sur la valeur réelle des parts (source : village-justice.com, 25 novembre 2025).
Étape 4 : signification ou acceptation par la société et dépôt au greffe
Pour rendre la cession opposable à la société, l'article 1865 du Code civil impose soit une signification par acte d'huissier, soit l'acceptation de la cession dans un acte authentique. La simple information informelle des associés ne suffit pas. Une fois cette formalité accomplie, la cession doit être déposée au greffe du tribunal de commerce dans le délai d'un mois, accompagnée d'une copie des statuts mis à jour. Le greffe procède à l'inscription modificative au registre du commerce et des sociétés (RCS). Cette publicité légale rend la cession opposable aux tiers et aux créanciers du cédant.
Cas pratique chiffré : cession de parts d'une SCI familiale entre associés
Prenons un scénario concret. Monsieur et Madame Durand détiennent chacun 50 % d'une SCI familiale qui possède une résidence secondaire évaluée à 400 000 €. Leur fils, déjà associé à hauteur de 20 %, souhaite acquérir 30 % supplémentaires auprès de ses parents. La valeur totale des parts sociales est estimée à 350 000 € (valeur de l'immeuble minorée d'un abattement pour occupation).
Dans cette configuration, la SCI détient un bien immobilier qui constitue la quasi-totalité de son actif : elle relève de la catégorie des sociétés à prépondérance immobilière. Depuis la loi du 7 avril 2026, la cession doit obligatoirement être constatée par acte authentique. Les parents ne peuvent pas signer un simple acte sous seing privé avec leur fils. Le notaire instrumentaire percevra des émoluments calculés selon le barème réglementé (articles A444-53 et suivants du Code de commerce), assis sur la valeur des parts cédées.
Scénario : cession à titre onéreux dans une SCI familiale ordinaire
Imaginons maintenant une SCI familiale détenant uniquement des liquidités et des valeurs mobilières : une trésorerie de 100 000 € placée sur des comptes-titres. Elle n'est pas à prépondérance immobilière. Un associé cède 30 % de ses parts à son frère, également associé, pour un prix de 30 000 €. L'agrément est obtenu à l'unanimité lors d'une assemblée générale. L'acte de cession est rédigé sous seing privé, avec l'assistance d'un avocat pour sécuriser les clauses de garantie. La procédure ne nécessite aucun passage devant notaire.
Calcul des droits d'enregistrement au taux de 0,1 %
Dans les deux scénarios, le droit d'enregistrement est identique : 0,1 % du prix de cession, conformément à l'article 726 du CGI. Pour une cession de 30 000 €, le droit s'élève à 30 €. Pour la cession des parts de la SCI à prépondérance immobilière valorisée à 105 000 € (30 % de 350 000 €), le droit atteint 105 €. Ces montants sont à régler au SIE dans le mois de la signature. Le paiement est modique comparé aux droits de mutation à titre onéreux sur les immeubles (5,80 % dans la plupart des départements), ce qui explique l'attrait historique de la détention via SCI.
Ce que change la qualification « à prépondérance immobilière » sur ce même scénario
Dans le premier scénario (SCI détenant l'immeuble), la qualification de société à prépondérance immobilière emporte deux conséquences concrètes. D'abord, l'obligation de passer par un notaire, avec les coûts afférents : émoluments proportionnels, débours, TVA. Ensuite, une sécurité juridique accrue : l'acte authentique a force probante renforcée et le notaire engage sa responsabilité en cas d'erreur. La fiscalité de la plus-value éventuelle réalisée par les parents cédants relève de l'impôt sur le revenu dans le cadre du régime des plus-values des particuliers ; un conseil auprès d'un expert-comptable ou d'un avocat fiscaliste reste indispensable pour évaluer précisément cette exposition.
Quels sont les frais de notaire pour la cession de parts d'une SCI ?
Les frais liés à l'intervention du notaire pour une cession de parts de SCI se décomposent en trois catégories : les droits d'enregistrement, les émoluments du notaire proprement dits, et les frais annexes. Contrairement à une idée répandue, le notaire ne perçoit pas l'intégralité des sommes facturées : les droits d'enregistrement sont reversés au Trésor public, et les débours (frais de greffe, coût des annonces légales) ne font que transiter par son compte.
Le tarif des notaires est strictement réglementé par les articles A444-53 à A444-186 du Code de commerce. Les émoluments proportionnels sont calculés par tranches selon un barème dégressif. La cession de parts de SCI relève du tarif des « actes pour lesquels l'émolument n'est pas fixe », ce qui signifie que le montant dépend de la valeur des parts cédées. Pour une estimation précise, le barème officiel des notaires en 2026 fournit les tranches applicables et les taux correspondants.
Les droits d'enregistrement : 0,1 % du prix de cession
Le droit d'enregistrement au taux de 0,1 % est dû dans tous les cas, que l'acte soit notarié ou sous seing privé. Il est liquidé sur le prix exprimé dans l'acte, augmenté des charges éventuelles. Le notaire, lorsqu'il instrumente, se charge de la liquidation et du paiement des droits au SIE dans le mois de la signature. Pour un acte sous seing privé, le cessionnaire doit spontanément déposer l'acte au SIE et acquitter les droits. Le défaut d'enregistrement dans le délai d'un mois expose à des pénalités de retard.
Les émoluments du notaire : tarif réglementé (Art. A444-53 et s.)
Les émoluments proportionnels du notaire sur une cession de parts de SCI sont calculés par application d'un barème à tranches. Contrairement aux frais de notaire en succession, qui suivent un barème spécifique avec des taux par tranche bien identifiés, les cessions de parts sociales obéissent à la tarification des « actes pour lesquels l'émolument n'est pas un pourcentage fixe ». La première tranche, jusqu'à 6 500 €, supporte le taux le plus élevé ; les tranches supérieures bénéficient de taux dégressifs. Pour une cession d'une valeur de 100 000 €, les émoluments se situent dans une fourchette que seul un devis notarié peut préciser avec exactitude, car le calcul dépend également de la nature exacte de l'acte instrumenté.
Les frais annexes : annonce légale, greffe, mise à jour des statuts
Au-delà des droits d'enregistrement et des émoluments, la cession génère des frais périphériques. Le dépôt au greffe du tribunal de commerce pour l'inscription modificative au RCS coûte environ 55 €. La publication d'une annonce légale dans un journal habilité est requise pour les cessions emportant modification des statuts, pour un coût moyen de 150 à 250 € selon le département. La mise à jour des statuts, si elle est réalisée par le notaire, donne lieu à des émoluments supplémentaires. Enfin, si la cession implique une publication au service de la publicité foncière, des frais spécifiques s'ajoutent, en lien avec le rôle du notaire dans une succession pour les mutations immobilières.
Opposabilité de la cession aux tiers et aux créanciers : les formalités à ne pas négliger
Signer un acte de cession, même en bonne et due forme, ne suffit pas à rendre la cession opposable aux tiers. L'article 1865 du Code civil fixe un double niveau d'exigence : l'opposabilité à la société, d'une part, et l'opposabilité aux tiers et créanciers du cédant, d'autre part. Une cession non rendue opposable est inopposable aux créanciers du cédant, qui peuvent alors saisir les parts sociales comme si elles n'avaient jamais quitté le patrimoine de leur débiteur.
Selon une analyse publiée sur village-justice.com (21 juillet 2025), la publicité demeure obligatoire pour opposer la cession aux créanciers du cédant. L'omission de ces formalités peut avoir des conséquences graves en cas de procédure collective ouverte contre le cédant : le cessionnaire risque de perdre la propriété des parts qu'il a pourtant payées.
Signification à la société et acceptation : deux voies possibles
L'article 1865 du Code civil offre une alternative. La première voie est la signification de la cession à la société par acte d'huissier de justice. Le commissaire de justice remet à la société une copie de l'acte de cession, ce qui fait courir les délais d'opposabilité. La seconde voie est l'acceptation de la cession par la société dans un acte authentique. Cette solution, plus lourde, présente l'avantage de la force probante et peut être réalisée concomitamment à l'acte de cession lorsque celui-ci est déjà notarié. Tant que cette formalité n'est pas accomplie, la société peut légitimement ignorer le changement de propriété des parts.
Opposabilité aux créanciers du cédant : pourquoi la publicité reste obligatoire
Vis-à-vis des créanciers du cédant, la cession n'est pleinement opposable qu'après l'accomplissement des formalités de publicité légale. L'inscription modificative au RCS, le dépôt de l'acte au greffe et, le cas échéant, la publication de l'annonce légale constituent le socle minimal. Un créancier qui consulte le RCS après ces formalités ne peut plus ignorer le transfert de propriété. À l'inverse, une cession non publiée laisse les parts dans le gage commun des créanciers du cédant. En cas de saisie-attribution diligentée par un créancier du cédant, le cessionnaire non protégé par une publicité régulière se retrouve dépourvu de titre opposable.
Dépôt au greffe : dernière étape pour sécuriser la cession
Le dépôt au greffe du tribunal de commerce intervient dans le mois suivant la cession. Il comprend l'acte de cession enregistré, une copie des statuts mis à jour, le formulaire M2 dûment complété, et un chèque du montant des frais de greffe. Le greffier vérifie la régularité formelle du dossier et procède à l'inscription modificative. Ce n'est qu'à compter de cette inscription que la cession produit tous ses effets à l'égard des tiers. Une vérification de l'extrait Kbis quelques semaines après le dépôt permet de s'assurer que la modification a bien été prise en compte et que le nom du cessionnaire figure désormais parmi les associés.
Ce que la loi de 2026 change concrètement pour les SCI à prépondérance immobilière
La loi n° 2026-248 du 7 avril 2026 ne se contente pas d'ajouter une formalité : elle opère un basculement complet du régime de preuve et de validité des cessions de parts de SCI à prépondérance immobilière. Avant 2026, le droit positif n'imposait aucune forme particulière. L'acte sous seing privé, rédigé par l'associé lui-même, par un expert-comptable ou par un avocat, produisait tous ses effets entre les parties. La réforme de 2026 aligne le régime des cessions de parts de ces sociétés sur celui des ventes d'immeubles, où l'acte authentique est la norme.
Cette évolution répond à un double objectif de politique législative : lutter contre les montages visant à éluder les droits de mutation immobilière, et sécuriser les transactions en imposant l'intervention d'un officier public. Le notaire, en sa qualité d'officier ministériel, contrôle la régularité de l'opération, vérifie la capacité et l'identité des parties, et assure la collecte des droits dus au Trésor.
Avant 2026 : la liberté de forme dominait
Jusqu'au 7 avril 2026, aucune disposition légale n'imposait l'acte authentique pour les cessions de parts de SCI, même à prépondérance immobilière. La pratique était largement répandue de recourir à un acte sous seing privé, souvent préparé par l'expert-comptable de la société. Cette souplesse permettait de réduire les coûts de transaction, notamment pour les cessions intrafamiliales de faible valeur. Elle exposait toutefois les parties à des risques : absence de vérification de la capacité, défaut de conseil sur les incidences fiscales, et parfois des difficultés probatoires en cas de contestation ultérieure de l'acte.
Article 68 de la loi n° 2026-248 : le tournant obligatoire
L'article 68 pose une règle simple dans son énoncé mais radicale dans ses effets : « Toute cession de parts de société à prépondérance immobilière est constatée par acte authentique, à peine de nullité. » La nullité est absolue, ce qui signifie que toute personne y ayant intérêt peut s'en prévaloir, et qu'elle n'est pas susceptible de confirmation tacite. Une cession signée sous seing privé après l'entrée en vigueur de la loi est donc réputée n'avoir jamais existé. Selon actu-juridique.fr (23 juin 2026), cette disposition met fin à une divergence jurisprudentielle ancienne sur la validité des cessions de parts de SCI translatives de propriété immobilière.
Décret du 30 avril 2026 : les formalités simplifiées qui accompagnent ce changement
Le décret n° 2026-340 du 30 avril 2026, pris pour l'application de l'article 68, a aménagé des formalités allégées pour les cessions de faible valeur ou entre associés proches. Ces mesures visent à ne pas alourdir excessivement le coût des petites transactions intrafamiliales. Le décret prévoit également une passerelle entre l'acte sous seing privé signé antérieurement à la loi et l'acte authentique requis depuis : les parties peuvent, dans un délai transitoire, faire régulariser leur cession par un notaire sans avoir à conclure un nouvel acte. Ce dispositif, bien que technique, évite de fragiliser les cessions conclues dans l'intervalle entre la discussion parlementaire et l'entrée en vigueur du texte.
Fiche pratique
| Forme de l'acte (SCI ordinaire) | Acte sous seing privé autorisé ; avocat ou expert-comptable possible pour la rédaction |
| Forme de l'acte (SCI à prépondérance immobilière) | Acte authentique obligatoire depuis la loi n° 2026-248 du 7 avril 2026 (art. 68), à peine de nullité |
| Donation de parts | Acte authentique obligatoire (art. 931 Code civil) |
| Articles clés | Art. 1861 à 1865 C. civ. (agrément, opposabilité) ; Art. 726 CGI (droits d'enregistrement) ; Art. 68 loi 2026-248 ; Art. A444-53 et s. C. com. (tarifs notaires) |
| Droits d'enregistrement | 0,1 % du prix de cession (CGI art. 726) ; 5 % en cas de cession à une holding à l'IS |
| Délai d'enregistrement | 1 mois à compter de la signature de l'acte (SIE compétent) |
| Opposabilité | Signification par huissier à la société OU acceptation dans un acte authentique (art. 1865 C. civ.) ; dépôt au greffe du tribunal de commerce dans le mois |
| Sanction du défaut de forme | Nullité absolue de l'acte pour les SCI à prépondérance immobilière ; inopposabilité aux tiers en l'absence de publicité |
Sources
- legifrance.gouv.fr
- legifrance.gouv.fr
- legifrance.gouv.fr
- actu-juridique.fr
- village-justice.com
- village-justice.com
- village-justice.com
- village-justice.com
Les informations ci-dessus sont indicatives et n'engagent pas leur auteur. Faites valider votre situation par un avocat avant toute démarche contentieuse.
Questions sur la succession
Est-il obligatoire de passer par un notaire pour la cession de parts d'une SCI ?
Cela dépend de la nature de la SCI. Pour une SCI ordinaire ne détenant pas d'immeuble, le notaire n'est pas obligatoire : un acte sous seing privé suffit. En revanche, depuis la loi n° 2026-248 du 7 avril 2026, toute cession de parts d'une SCI à prépondérance immobilière doit être constatée par acte authentique, à peine de nullité. La donation de parts exige également un acte notarié, conformément à l'article 931 du Code civil.
Est-il possible de céder des parts d'une SCI sans passer par un notaire ?
Oui, à deux conditions cumulatives : la SCI ne doit pas être à prépondérance immobilière, et la cession doit être réalisée à titre onéreux. Dans ce cas, un acte sous seing privé, éventuellement rédigé par un avocat, est parfaitement valable. L'acte devra néanmoins être enregistré au SIE dans le mois de sa signature et les droits d'enregistrement de 0,1 % acquittés.
Quand faut-il obligatoirement passer par le notaire ?
Le notaire est obligatoire dans trois hypothèses : la donation de parts sociales (art. 931 du Code civil), la cession de parts d'une SCI à prépondérance immobilière depuis la loi du 7 avril 2026 (art. 68), et la cession soumise à publicité foncière lorsque la mutation des parts emporte transmission de la propriété d'un immeuble. Dans tous les autres cas, le notaire reste facultatif.
Quels sont les frais de notaire pour la cession de parts d'une SCI ?
Les frais de notaire pour une cession de parts de SCI comprennent les droits d'enregistrement (0,1 % du prix de cession), les émoluments proportionnels du notaire calculés selon le barème réglementé des articles A444-53 et suivants du Code de commerce, et les frais annexes (dépôt au greffe, annonce légale). Contrairement à une cession immobilière directe, les droits de mutation à titre onéreux (5,80 %) ne s'appliquent pas, ce qui rend la cession de parts fiscalement plus légère.
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